La veille du grand soir - Mai 68

 

 

 

 

BANDE DESSINÉE - Pour 15 ans et plus

Patrick ROTHMAN pour le scénario, les textes, les recherches

Sébastien VASSANT pour la couleur, le dessin et son animation

Éditions Delcourt - Collection ( Seuil-Delcourt) -24,95 €

 

 

 

Attention…Danger !

Si vous ouvrez cet album historique, vous serez,190 pages durant et du 22 mars au 3 juillet, emporté par un cyclone nommé mai 68 qui balaie tout sur son passage et semble avoir l’étrange pouvoir de se régénérer au contact des résistances qu’on tente de lui opposer.

 

Ce roman graphique en appelle à tous les ressorts de la bande dessinée pour nous conter, quasiment heure par heure, comment la banale question de la mixité des résidences d’étudiants dans la nouvelle université de Nanterre va faire émerger des forces nouvelles et mettre à mal, dans un étonnant chaos, l’ordre moral résultat des équilibres politiques entre une droite gaullienne et une gauche paralysée par un parti communiste tout puissant.

 

Rothman romance son histoire et celle de sa compagne dans la tourmente des évènements.

Lui est un étudiant « sérieux » qui veut travailler.

Elle est en congé de ses études à Nanterre où elle milite avec le groupe « 22 » de Dany…le Rouge.

 

Ensemble et en jouissant pleinement d’une liberté sexuelle et de l’hédonisme ambiant, ils vont témoigner de leurs contradictions dans la tourmente et les complexités d’un gauchisme qui s’impose comme la réponse à la « maladie sénile du parti communiste » .

 

C’est le dessin, le choix des formats, les couleurs dans les seuls registres du kaki qui plantent les décors des lieux de l’incroyable enchaînement des évènements du quartier latin.

La Sorbonne comme l’Odéon deviennent un happening permanent où l’imagination prend le pouvoir.

C’est grand et ubuesque à la fois :

« L’Assemblée Nationale était devenue un théâtre bourgeois…les théâtres bourgeois se font Assemblée Nationale… On en appelle aux concepts et on remet les examens à l’après régime… ».

 

Pour faire vivre les fantastiques jeux de pouvoir qui se jouent dans l’ombre des palais de la République, Rothman s’est livré à un énorme travail de recherche qui lui permet de construire de percutants dialogues à partir de ce qui s’est dit en « off ».

Le résultat est époustouflant de vérité surtout quand le « non-dit » du « off » montre une résurgence des aspects les plus sombres de l’histoire récente du pays.

 

 

Ils sont trois qui vont s’affronter dans la tourmente et tenter de se pousser à la faute :

 

- Grimaud, le préfet de police qui a le sens du devoir et une éthique du métier chevillée au corps.

A Alger il a refusé de tirer sur les français d’Algérie et il refuse de faire tirer sur la jeunesse du pays en mai 68.

Il tiendra bon même si les vieux réflexes de la ratonnade raciste, sexiste ou antisémite refont surface

notamment lors du retour de Cohn Bendit que l’on redécouvre juif et allemand.

Il est vrai que le mouvement de mai lui sera d’un grand secours en proclamant « nous sommes tous des juifs allemands ».

 

- De Gaulle et Pompidou ne vont cesser de s’affronter en tentant de faire porter à l’autre la responsabilité d’une situation qui leur échappe.

En vieux militaire, le Président veut que l’ordre règne et qu’on en finisse avec ces enfantillages.

En bon adepte de Machiavel, le Premier Ministre refuse d’intervenir et laissera filer les choses avec le secret espoir de faire cesser les grèves en négociant avec les syndicats et notamment la CGT qui n’a jamais appelé à la grève générale…

L’accord sera refusé par les grévistes ce qui l’obligera à endosser le costume de Thiers lors de la Commune…

Pour De Gaulle, il devient le Pétain de Mai… Il a perdu la partie !

 

Seul face à la France dans la tourmente de Mai, le vieil homme va retrouver sa « voix d’uniforme », se mettre en accord avec ses arrière-pensées et, avec la complicité de Massu, organiser une dramaturgie de sa parole en rétablissant les approvisionnements en essence…et la tourmente de mai s’apaisera…

 

On note que le weekend de Pentecôte qui suivit fit 70 morts et 600 blessés… sur les routes…

 

Voilà un album graphique qui va faire référence….

Qu’on l’ouvre et il vous dévore !

Il est truffé d’anecdotes savoureuses (le retour de Dany dans les jupes de Marie-France Pisier ou l’entretien de De Gaulle avec Fernandel autour du film Don Camillo à Moscou…)

Tout au long de la fresque des encadrés précisent l’identité de lieux ou de personnages que les medias ont oubliés ou qui ont été chahutés par la fureur de mai n’est-ce-pas Sartre ?…n’est-ce-pas Jean-Louis Barrault ?...

 

L’album s’achève par un florilège de dessins qui parle de l’après-mai et qui s’ouvre sur le troupeau bêlant des triomphateurs gaullistes !

Une frise historique en forme de jeu de l’oie identifie bien les lieux de l’émeute et ceux du pouvoir.

 

Pour tous à partir de la classe de troisième…car on a tous en soi quelque chose de mai 68 !

 

Rappel du titre :

La veille du Grand Soir - Mai 68

Patrick ROTHMAN pour le scénario, les textes, les recherches

Sébastien VASSANT pour la couleur, le dessin et son animation

Éditions Delcourt - Collection ( Seuil-Delcourt) 24,95 €

 

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