Moby Dick

ROMAN ILLUSTRE - Dès 12 ans

De Herman MELVILLE - illustré par Anton LOMAEV

Éditions Sarbacane - 29.90 €

 

 

Eliminer la gigantesque baleine blanche considérée comme sournoise et cruelle parce qu’elle résiste aux hommes et les mutile, telle est l’obsession du commandant ACHAB. Comme cette version du livre de Melville est destinée aux adolescents, le texte a considérablement été allégé : 16 courts chapitres se substituent aux 135 d’origine, de longueur inégale il est vrai. Le propos de Moby Dick n’en est pas pour autant dénaturé, il est recentré selon trois axes : l’aventure, l’aspect documentaire, la dérive meurtrière fatale. Exit la somme de connaissances variées assortie des points de vue en tous domaines d’un auteur prolixe à la manière d’HUGO.

 

Le tempo événementiel a été accéléré pour rendre le roman aussi contemporain que possible dans son déroulement. Après l’inévitable présentation des personnages, les rencontres avec d’autres voiliers, les scènes pittoresques, fausses alertes, pêches plus ou moins fructueuses s’enchaînent assez rapidement tout en ménageant le suspense sur la rencontre essentielle.

Elles sont complétées par la mise en scène des excès du comportement d’ACHAB, connotés de folie diabolique et comme tels finalement punis d’un châtiment divin.

Ponctuellement, des précisions techniques sur la navigation, géographiques concernant la route maritime suivie, d’ordre professionnel comme le travail de dépeçage accompli à bord, permettent de faire une pause instructive.

 

Plus de 50 grandes illustrations (dont certaines sur double page) servent de contrepoint au récit.

De style réaliste, elles le situent nettement au 19e siècle d’autant qu’elles suivent à la lettre les descriptions du texte de référence. Certaines sont parfois entièrement absente du présent ouvrage comme pour le rite païen rendu à YOYO par QUEEQUEG le tatoué ou le prédicateur dans sa chaire-voilier mais qui font pourtant l’objet de grands dessins.

D’autres sont précisées comme en témoignent les portraits dans les tons brun/sépia. Les nombreux détails vestimentaires datés font écrin à des visages marqués afin d’évoquer le rude caractère des uns, la fatigue des autres ou l’expression hallucinée du commandant.

 

Ailleurs ce sont de grandes planches à la manière d’une encyclopédie comme le voulait Melville, mais empreintes d’un « flou artistique » (le peintre biélorusse n’est pas hyperréaliste), traits estompés que l’on retrouve dans l’esquisse des gréements.

De grandes marines dans les tons bleus présentent en effet les voiliers sous tous les angles pour en évoquer peut-être la calme et poétique beauté à laquelle seul le narrateur paraît sensible.

Contraste voulu sans doute avec les gros plans animés et violents des baleinières et pêcheurs en action sur les flots tumultueux infestés de requins effrayants.

Le livre dispose ainsi de multiples fenêtres ouvertes sur le large et reflète le combat entre le bien et le mal.

 

On ne pouvait passer sous silence que par le truchement de cette épopée maritime l’auteur exposait, il y a un siècle et demi, une thèse philosophico-religieuse.

C’est chose habilement faite tant par les allusions bibliques discrètes ou le champ lexical du gigantesque, que par l’évocation claire de l’origine diabolique de cette vengeance contagieuse.

Il est nettement dit qu’en s’acharnant sur la baleine immaculée, contrairement aux autres marins, tous – des officiers aux simples matelots – devenus criminels se perdent corps … et âme.

Seul Ismaël, l’observateur objectif et paisible, en réchappe pour témoigner.

Les considérations optimistes d’autrefois concernant la survie des baleines malgré une pêche intensive n’ont pas été reprises : c’est heureux.

Notre mentalité européenne sensibilisée à ce problème trouvera une résonance involontaire à ses préoccupations dans la peinture de ce qu’il faut bien appeler une gigantesque boucherie.

 

Cette édition soignée jusque dans la pagination ornée de harpons croisés, réfléchie dans le choix du « message » transmis, offre un Grand livre subtilement actualisé.

 

A recommander à partir de 12 ans

 

Rappel du titre:

Moby Dick

De Herman MELVILLE - illustré par Anton LOMAEV

Éditions Sarbacane - 29.90 €